9. mars, 2019

LES ADAPTATIONS DE LIVRES AU CINÉMA ENLÈVENT-ELLES A NOTRE IMAGINAIRE ?

Bonjour à tous

J'ai proposé cette chronique sur Lecteurs.com pendant plusieurs années. Je reprends ici le fil des échanges et comme vous pourrez je pense le constater, on est loin d'avoir tout dit ou tout vu.

Dans cette discussion, j'incite les lecteurs à témoigner et à donner leur sentiment sur des livres qu'ils ont lus et pour lesquels, on a tiré différentes versions avec plus ou moins de réussite de films ou de pièces de théâtre.
J'espère susciter des réactions, des engouements, des oppositions et surtout des titres de lectures à découvrir ou redécouvrir.

Pour débuter par quelques références.

Une bonne partie de l'oeuvre de Dumas se compose de pièces de théâtre qui contribuèrent largement à faire connaître l'auteur. 

Si j'en crois certains lecteurs, le scénario du film est souvent inspiré de l'histoire du livre mais la version filmée emporte, vole, efface, une partie de notre imaginaire et l’interprétation des personnages peut s'avérer proche ou éloignée de l'idée première et nous conduire à une certaine déception, le lecteur ne retrouvant pas ses héros au cinéma.

Toutes les bandes dessinées de Walt Disney ont pour la plupart été adaptées en film animé. Les livres consacrés aux super-héros sont à la fête ces 20 dernières années et reversent des "royalties" aux Comics.

Orgueils et préjugés, Robin des bois, Lancelot, Yvanohé, Le dernier des templiers sont autant de productions anglo-saxonnes qui puisent dans les lectures de nos enfances.

La production de G.Lucas avec La Guerre des étoiles a suscité dans les années 70 de nombreuses aventures avant le film, pendant et après le film.

Il me vient également une collection de films animés (excellente du reste) sur la guerre des boutons, tiré d'un vieux roman de louis Pergaud de 1912 et donc d'un vieux film que deux nouvelles adaptations très récentes par de jeunes metteurs en scène viennent à quelques jours d'écart mettre encore au goût du jour...

De but en blanc on pourrait dire que les adaptations en images "nuisent" à notre imaginaire de lecteurs.

Cependant, je me dis aussi que les effets spéciaux, les moyens techniques et financiers considérables mis en jeu ces dernières années dans le cinéma ont rendu possible la réalisation en images de livres fantastiques, de thrillers, de bit-lit et/ou de science-fiction...

Voici quelques réalisations assez grandioses et plutôt réussis (ou pas) :
Le seigneur des anneaux, la saga des Harry Potter, les adaptations de Philip K. Dick, la trilogie des "Twilight"...

Je pense également aux adaptations des thrillers de Stephen King dont les titres ont été plus ou moins bien respectés comme Misery, Shinning, 1408...(et la liste est impressionnante).

Les adaptations de Largo Winch respectent l'histoire générale de Nério Winch (homme d'affaires multimilliardaire) qui se choisit de son vivant un successeur "caché" avec un fils adoptif mais les films n'ont finalement rien à voir avec les différents opus de la bande dessinée éponyme.

Dans l'adaptation de l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, on se focalise sur la rencontre des personnages, portés par Robert Redford et Christine Scott Thomas mais dans le livre, le personnage central n'a rien à voir et se révèle totalement imbuvable.

Je pense aussi à Grangé et les rivières pourpres dont on a tiré deux films alors que le commissaire meurt à la fin du livre.

Avec Michaël Crichton (auteur de la série Urgences) de nombreux titres ont été portés au cinéma. Je songe notamment à Prisonniers du temps dont le résultat à l'écran fut très moyen alors que le livre m'a plu énormément.

En parcourant mes linéaires, pour repérer les adaptations cinématographiques de certains de mes auteurs favoris je découvre qu'il y en a bien d'autres notamment dans la thématique des policiers et enquêteurs judiciaires.

Kathy Reich est l'auteure de la série d'enquête policière centrée sur le personnage de Temperance Brennan, spécialiste et anthropologue judiciaire. Elle participe par ailleurs à l'écriture de scenarii sur la série télévisée Bones et les deux versants de cet auteure cohabitent très bien laissant au lecteur la possibilité d'imaginer des personnages et un contexte très différents de la série.

Je ne sais si vous avez lu les 3 premiers opus de Pauline Delpech. (Voici une source Wiki) De son vrai nom, Pauline Bidegaray, elle est la belle-fille de Michel Delpech (le chanteur) dont elle a pris le nom. Sa mère Geneviève, artiste-peintre, a refait sa vie avec le chanteur alors que Pauline avait six mois. Adolescente, elle a été hospitalisée onze mois. C'est durant son hospitalisation qu'elle décide d'exorciser ses démons par le biais de l'écriture. Elle crée alors le personnage de Barnabé, héros tourmenté de ses trois premiers romans. De mon point de vue, le contexte des années d'après la 1° guerre mondiale se prêterait volontiers à une adaptation au cinéma.

Et puisque je suis dans la thématique des auteurs de policiers, pensons évidemment à Fred Vargas, scientifique au CNRS dont l'expérience en civilisation lui permet de décrire avec minutie et talent des situations et des enquêtes assez extraordinaires. Les adaptations de Pars vite et reviens tard avec l'excellent José Garcia (et Michel Serault) et sous les vents de Neptune avec le non moins excellent Jean-Hugues Anglade.

On pourrait encore citer la série des Millénium qui débute avec succès au cinéma et je m'attends un jour prochain à voir des adaptations de l'islandais Arnaldur Indridasson.

Je crois en fait, pour ouvrir davantage le débat et nourrir la réflexion, que le cinéma offre des vertus éducatives par une image rapidement accessible.

Il complète notre imaginaire par l'obligation de reconstitution de scènes historiques, de costumes, d'inventions. Je pense notamment aux Piliers de la terre. Il faut que cela soit crédible. Et les écrivains tels Ken FolletUmberto Eco,voire Dan Brown dans un domaine spirituel et symbolique, effectuent un impressionnant travail d'investigation historique pour mettre en situation leurs personnages.

Enfin les personnages doivent s'inscrire dans l'histoire. Alors le choix des acteurs est primordial.

Notre sens critique a besoin d'étonnement, de nouveauté, d'émotions. Je me dis aussi que le cinéma peut également prospecter davantage dans l'univers d'un écrivain et permettre d'ouvrir plusieurs dimensions.

Je pense ainsi à Tom Clancy (décédé en 2013) et à son personnage de Jack Ryan dont le dernier volet The Ryan initiative de 2014 est vraiment excellent : aux manettes Kenneth Branagh et comme personnage central Chris Pine (récent Capitaine Kirk de la série des Star Trek). Ce personnage a été repris à de multiples reprises avec notamment Alec Balwin, Harrison Ford et Ben Affleck.

Ainsi dans ce registre, les films d'action se prêtent particulièrement à fasciner notre imaginaire et nous renvoient à l'auteur qui a planté la graine et développé les prémices d'un univers intense sur fond de tensions internationales : Octobre Rouge 1984 (sous-marins nucléaires), Jeux de guerre 1987 (lutte de l'IRA), Danger immédiat 1990 (Amérique du sud), La somme de toutes les peurs 1991 (Arme atomique)...

J'ai eu l'occasion d'assister à Bercy à un concert en présence de l'orchestre philarmonique de Londres pour présenter l'ensemble des musiques de la BO de la saga Star Wars et la participation en maître de cérémonie de C3PO (son double humain). C'était grandiose. Des fans étaient venus en costumes de différents personnages et se sont fait prendre en photos dans une partie "musée" du spectacle. Tout était fait pour cultiver et fasciner notre imaginaire à l'infini.

Je viens de voir en dvd blue ray l'adaptation de David Fincher "gone girl" avec Ben Affleck et Rosamund Pike qui serait donc "les apparences" au Québec. J'ai le sentiment pour avoir lu le livre avant de deux fils conducteurs différents. Je vais relire le livre certainement car le film nous entraine dans la personnalité de l'héroïne particulièrement psychopathe et capable des pires excès. Certaines scènes sont très intimes ou très violentes. En même temps il présente les médias dans leur rôle de recherche de sensationnel... Bref c'est extrêmement fort et troublant.

Je crois que cette chronique prend tout son sens avec ce type de thryller en référence.

Les images fortes inflencent notre jugement et il m'arrive souvent de revoir par rémanence certaines certaines scènes à forte dose émotionnel. Je pense par exemple à " l'exorciste", "le dernier samouraï" et bien d'autres encore.

L'imaginaire est le seul maître à bord.

Je viens de voir la parution de "the giver" ou "le passeur" au cinéma dès le 25 octobre 2014 avec notamment Jeff Bridges, Meryl Streep, Taylor Swift, Katye Olmes et Brandon Thwaites. Rien que la distribution met l'eau à la bouche. Le sujet est une adaptation du livre de Loïs Lowry paru en 1994 aux éditions Ecole des loisirs, Collection médium. Et pour rejoindre le sujet de cette chronique, il s'agit d'une dystopie.

Parenthèse pour signaler que le héros principal se prénomme "Jonas" ce qui nous ramène aux origines de la Bible et du Coran mais également au voyage dans le ventre de la baleine et surtout à la capacité de pardonner au lieu de privilégier le châtiment. Autant d'enseignements dont notre planète aurait grand besoin en ces temps mouvementés...

Bref tout ce que j'aime et que peut-être vous aussi : science fiction, société en contre utopie, livre en saga et adaptation au cinéma...

Et si nous pouvions projeter à l'écran l'imaginaire de chacun de nous à la lecture du même roman, nous serions vraisemblablement très surpris des nombreuses versions que l'on obtiendrait (et les adaptations qui en découleraient).

L'imaginaire est sans limite même quand il est collectif.

10 personnes assistent à un scène, un accident, une réunion. Si on les interroge, globalement le fil conducteur sera à peu près identique mais il y aura des différences et cela en sera parfois troublant.
Nos parcours personnels, nos réussites et nos échecs, nos joies et nos peines forgent sans cesse notre perception tel une nuancier en perpétuel évolution.

Dans le Nom de la rose, j'ai uniquement la version cinéma à l'esprit et l'interprétation de Sean Connery, Christian Slater et Michael Londsdale est excellente. De fait le livre présente moins d'intérêt mais il faudra bien un jour que je cède à la tentation de le lire.

J'ai les trois opus de Millénium "non lus" sur une étagère et je viens de voir le DVD de Millénium avec Daniel Graig et Rooney Mara. Le film est superbe et l'ambiance excellente. Sans avoir lu le premier opus, je pensai tomber dans l'atmosphère qui est proposé dans le film. J'ai également découvert une série en épisodes de Millénium qui me reste à visionner.

Je crois que les films et les livres sont là pour nous procurer des émotions et des sensations. Et si le but est atteint pour l'adaptation et l'original, finalement on ne pourra que s'en féliciter.

Chez Ken Follet, je vous conseille l'Arme à l'oeil.

A propos de Danse avec les loups, le film est d'une grande fidélité avec le livre que je viens de terminer. Pendant plusieurs jours et certainement plus que nécessaire, j'étais "danse avec les loups", "deux bottes" ("chaussette" dans le film), "oiseau rapide", "dressée avec le poing", "dix ours" et tellement d'autres.
J'étais les herbes des grandes plaines, la rivière, la forêt et les collines, bisons, antilopes, loup ou aigle.
J'étais comanche, sioux, pawnee...
Pendant des jours et des nuits, j'ai dormi sous les étoiles, fumé la pipe, dansé autour du feu, invoqué les dieux, chassé le bison.

Pendant des jours et des nuits, je vivais une autre vie faite de choses essentielles.

Il est certain que prendre de grands auteurs comme source d'inspiration en matière d'adaptation cinématographique offre de grandes garanties de succès. Mais pas toujours. Car les adaptations comme leur nom l'indique peuvent être libres et donc déroger plus ou moins largement par rapport à l’œuvre originale.

On distingue ainsi : l'illustration, la transposition, la digression, le commentaire, l'exégèse, l'interprétation, la paraphrase voire l'analogie quand l'adaptation est la plus proche de l’œuvre littéraire.

Je crois ainsi que l'adaptation de Mac Beth, Othello et Fallstzaff de l’oeuvre shakespearienne par Orson Welles en est un parfait exemple dans un projet éblouissant assez fidèle à l'esprit et la lettre.

Mais d'autres films éludent des passages entiers, suppriment des personnages, changent l'ambiance, les personnages (des hommes deviennent des femmes (et réciproquement)). Les adaptations de Kathy Reich pour la télévision dans la série Bones en sont une parfaite illustration. 

Les lieux sont transposés dans une époque différente.

C'est assez fréquent au théâtre où les metteurs en scène choisissent de modifier l'univers, le décor, les effets pour créer une autre atmosphère tout en respectant certains principes : unité de temps, de lieu, d'action.

Dans l'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (cité plus haut) le dresseur joué par Robert Redford est particulièrement imbuvable et rustre dans le livre et plutôt séduisant et attirant dans le film. Le réalisateur se focalise sur la relation entre la mère (Christine Scott Thomas) et le dresseur alors que le livre se focalise sur la rééducation du cheval et de la jeune fille, tous les deux intimement blessés (au début de l'histoire). L'accident par contre est très fidèle au livre.

Dans les rivières pourpres, le commissaire (J. Réno) meurt à la fin de l'histoire ce qui n'est pas le cas dans le film. On imagine déjà une suite.

Tout cela pour dire que les interprétations des comédiens eux-mêmes peuvent donner des regards très différents entre l’œuvre littéraire et l'adaptation au cinéma au point d'en faire deux chemins et deux parcours parallèles et pas forcément opposés où chacun trouvera du plaisir sans forcément chercher à comparer.

Finalement...

Tout réside dans le vocabulaire, une question de sémantique : il s'agit d'une "adaptation" plus ou moins libre de l’œuvre littéraire.

Je crois qu'un film ne pourra jamais être totalement ressemblant au texte original et surtout à la multitude de nos imaginaires qui traduiront en autant d'univers ce que nous lisons...

Je crois que souvent il faut ou qu'il faudra considérer à l'avenir l'adaptation cinématographique d'un livre comme une œuvre différente même si la ressemblance des histoires est respectée.

Finalement ...

A chercher des différences, on trouve plein de similitudes. Mais n'est-ce pas là une vérité plus large ?